>> Berkeley, le 2 juin 2005:

Je suis arrivé à Berkeley jeudi après midi. Assane m'attendait à la sortie du train. Je pensais qu'il ne me faudrait que peu de temps afin de trouver un logement, et en attendant j'avais prévu de dormir   à la maison du Chabad - une communauté juive religieuse (moi non plus je ne sais pas ce qu'il m'a pris...) dont on m'avait dit qu'il y avait des chambres pour étudiants pas forcément pratiquants. Assane m'a donc accompagné à ma nouvelle demeure... Quelle horreur! Dans la chambre il n'y avait qu'un vieux bureau pourri, un lit avec un matelas extrêmement sale et une photo de rabbin accrochée au mur. Heureusement Assane m'a prêté une housse de lit et une couverture pour que je puisse quand même espérer avoir un semblant de sommeil.

Mes premiers contacts avec la ville de Berkeley n'en furent pas meilleures, car il faut savoir que Berkeley c'est hippie, c'est moche et qu'il y a un "homeless" à chaque coin de rue! De plus Assane commençait à me raconter comme la vie ici n'était vraiment pas top, les gens à l'uni insociables et la difficulté qu'il avait eu à trouver un logement à peu près décent et propre. Autant dire qu'en quelques heures j'étais déjà au bout du roul, et que je regrettais amèrement mon obstination d'avoir voulu venir à Berkeley!

Le soir même j'ai appelé au secours Sabrina et Ryan - des amis - à SFO qui m'ont invité à squatter leur futon en attendant que je me trouve un logement.

Le lendemain j'ai continué mes recherches d'appart en vain, puis je suis parti à SFO. Ce fut un grand soulagement! Là-bas, j'ai enfin pu prendre ma première douche en 48 heures depuis que j'avais quitté ma maison (bien entendu qu'il était hors de question que je me douche au Chabad étant donné que même après mon long voyage transatlantique, je me considérais plus propre que leur salle de bain!).

Celui qui penserait que tout allait mieux pour moi serait imprudent : même si j'étais maintenant avec des amis, il me fallait quand même vite trouver un appart et donc continuer ma chasse au rendez-vous. Je passais mon temps (en vain) à consulter le site web d'annonces de logements, à envoyer des dizaines d'e-mails et essayer de joindre des gens par téléphone qui ne répondaient jamais. En fait j'avais eu la chance de tomber sur un weekend prolongé par le "Memorial Day", ce qui signifie que les gens étaient absents jusqu'au mardi et que je n'ai eu que peu de réponses et un demi rendez-vous par jour... J'étais vraiment au fond du gouffre et je ne voyait pas le bout du tunnel.

A côté de mes recherches, j'ai quand même pu passer du temps avec mes Saint-Bernards, Sabrina et Ryan. Samedi en fin d'après-midi, ils m'ont emmené à un vrai barbecue ricain, chez la famille du copain de la nièce de Ryan (ce dernier tient à préciser que ce n'est pas sa famille...) afin de me changer les idées. Champions du monde! D'entrée de jeu ils annoncaient la couleur avec des crânes d'animeaux - les même qu'on voit dans les déserts des Westerns ou dans les BD's de Lucky Luck - posés sur le perron. Dans le reste de la maison, partout des têtes de cerf accrochées au mur et dans la chamber à couchée de Shawn, le copain de la nièce, le summum, l'apothéose : une énorme tête de "buffalo" qu'il avait tué sur le mur en face du lit (tellement romantique!). La mère de Shawn, elle aussi une fanna de cerfs et de chasse (comme tout le reste de la famille) ne put dissimuler sa joie de nous dire que les hamburgers étaient des hamburgers d' "elk". "L'elk c'est une sorte de cariboue, mais c'est plus grand qu'un caribou, mais ça a des bois plus petit qu'un cariboue, NON CE N'EST PAS COMME BAMBI!" (elle criait dès que quelqu'un osait la comparaison - je ne sais d'ailleurs toujours pas si c'est parce qu'elle ne voulait pas que les gens croient qu'ils mangeaient ce pauvre bambi si mignon ou alors parce qu'elle refusait de comparer un noble animal tel que l'elk à un vulgaire héro de dessin animé). Puis vint Shawn lui même, LE chasseur par excellence. J'eu le malheur de lui dire pour tenter d'être gentil: "alors c'est toi qui à tué le buffalo?" Il a démarrer au quart de tour! Cet imbécile avait payé 2000 dollars pour avoir le droit de tuer un buffalo dans une réserve naturelle. Il a tiré une première balle dans le flanc de l'animal sans le tuer, puis une deuxième dans le coeur qui a explosé en quatre morceaux! Malgrès cela le buffalo a continué à courir pendant deux minutes et demi! puis est tombé raide... J'ai aussi eu le droit aux photos de Shawn en posture de vainqueur, le torse bombé, perché sur le dos de ce pauvre buffalo allongé raide mort. En partant, la mère de Shawn m'a demandé: "alors comment as-tu trouvé les hamburgers? tu pourras dire que tu as mangé de l'elk! Tu en as mangé n'est-ce pas? - oui, oui, c'étai vraiment délicieux, merci beaucoup" (bien entendu que je n'avais ne serait-ce qu'approcher un hamburger de ma bouche, mais je ne me sentais pas le courage de lui fare tant de peine...). Puis elle nous a fait admirer ses bijoux: "regardez c'est une bague faite en ivoir de dent d'elk! Il y a très longtemps, l'elk avait des défenses, mais elles ont disparu et c'est pour ça que maintenant ils ont des dents en ivoir. Regardez, j'ai aussi les boucles d'oreilles assorties, c'est joli non? NON CE N'EST PAS COMME BAMBI!"...

Finalement le dimanche soir, j'ai obtenu un rendez-vous de dernière minute pour visiter un appartement. Et j'ai trouvé! Un appart avec deux chambres à coucher, un salon et une salle à manger! Autant dire que ça ne ressemblait pas à tout ce que j'avais vu jusque là...

J'ai retrouvé le moral d'un coup et j'ai emménagé le lendemain matin. Normalement je devrais partager l'appart avec la copine d'un des colloc d'origine, mais je crois qu'elle n'arrive que le weekend prochain. En attendant la deuxième chambre est occupée par un couple d'amis à eux. Etant donné que leur lit grince un peu, j'ai même eu le droit de constater que ce jeune homme semblait être en excellente santé...

Ca fait donc maintenant une semaine que je suis là et je commence gentillement à m'habituer à ma vie californienne. Pour ce qui de l'infrastructure de mon département à l'uni, j'ai était surpris d'y trouver moins de moyens qu'à l'EPFL (comme quoi on est quand même gâté avec les écrans plats inutils de 3 mètres de long de Wegman et J-Luc...). Sinon mon projet est cool, se passe bien et mon prof est très sympa.

A bientôt les p'tits gars, on s'appelle on s'fait une bouffe!

 

 

>> Berkeley, le 11 juin 2005

IT's sauterie à Stanford (Pour les initiés au doux monde de la théorie de l'info...)

En début de semaine dernière, Michael m'a dit qu'il y avait le jeudi un talk de Gallager à Stanford et m'a propose d'y aller. Bien entendu ça m'a interessé et c'était également une bonne occasion de voir à quoi ressemblait Stanford.

Nous sommes partis le jeudi vers midi. Pour commencer, nous avions dans la voiture un invité surprise de dernière minute: le Pofesseur Zadeh. A dire vrai, ignorant comme je suis, je n'avais aucune idée de qui il était... Ce jeune homme de 84 ans (qui a toutes ses dents, mais qui ne sait pas faire la différence entre une femme et un homme lorsqu'il demande sa route) nous a raconté qu'il avait assisté à la première conférence de Shanon sur la théorie de l'info en 1946 (si je me souviens bien) à   New-York City. Il se souvenait d'ailleurs que ça n'avait pas plu aux probabilistes présents, qui n'y voyaient pas beaucoup d'avenir ... Il nous a aussi dit que son ami Gallager ne devait pas être l'élève de Shanon (pour je ne sais plus quelle raison), ce qui s'est avéré être vrai après vérification sur le web: le superviseur de Gallager était Peter Elias (désolé Steve...).

Par la suite j'ai appris que ce cher Professeur Zadeh était en fait tout simplement celui qui avait "inventé" la Z-transform... Bon vous me direz que ce n'est qu'un cas particulier de Fourier et qu'il ne faut pas être un génie pour remplacer exp(iwn) par z, mais quand-même... (n'est-ce pas Alex que c'est ce que t'allais dire?)

Je n'ai pas vu grand chose de Stanford (juste le trajet en voiture jusqu'au bâtiment où avait lieu le talk), mais pour ce que j'en ai vu, c'est assez barjo! Ca n'a rien à voir avec Berkeley! C'est énorme, c'est une petite ville en soit, c'est très beau et c'est neuf! Pour expliquer rapidement les choses, Stanford est une université privée, ce qui fait qu'ils ont plein d'argent (l'écolage est aussi très cher), contrairement à Berkeley qui est publique et qui cherche donc tout le temps à faire des économies (ou à ne pas gaspiller, ça depend des points de vue...).

Nous voilà donc arrivés à la conférence.

C'était complètement fou! Une sorte de bal de la Croix-Rouge de la théorie de l'info avec comme il se doit toute la jet-set: Gallager, El-Gamal, Tom-Lionel Jospin-Cover, David Tse (le "maître" de notre labo, une sorte de lézard sans articulation), Mitter, cet imbécil de Verdu, et plein d'autres que je ne connais pas forcément... Là j'ai appris que ce n'était pas un séminaire comme je le croyais, mais tout simplement les 70 ans du Proffeseur Tom Kailath. On était donc à une Birthday Party! C'est comme ça dans le milieu, quand un proffesseur renommé atteind un âge rond, tous ses amis "people" lui organisent une petit fête qui s'étend sur deux jours!  

Sur le podium se sont succédés El-Gamal qui a presenté Kailath, Kailath qui à fait une séance de questions-réponses sur son existence, Cover qui a introduit Gallager, puis Gallager pour son exposé. Je ne sais pas si c'est le style américain, mais les orateurs se sont complètement emballés! Les gars se croyaient en plein one-man show et enchaînaient blague sur blague devant une salle remplie d'EPF morts de rire... (il faut avouer qu'ils étaient quand même marrants.)

Le talk de Gallager (qui ne se produit plus que très rarement étant donné son âge avancé, mais qui a fait le déplacement tout particulièrement pour son vieil ami de jeunesse, Tom Kailath - ces gens ne se lassent pas de répéter qu'ils sont tous amis depuis toujours et qu'ils s'aiment tous énormément...), intitulé "The golden years of Information Theory", était il faut l'avouer très très bien. Il a parlé avec beaucoup de sagesse de la manière dont il faut faire de la recherche. Il a dit qu'il fallait atteindre la simplicité en expliquant entre autre la manière de procéder de Shanon. Il a également souligné la mauvaise tendance actuelle à publier juste pour publier (il estime qu'aujourd'hui un papier a moins d'un lecteur en moyenne!). Son discours s'est terminé par une "standing ovation" assise (mmm...) de la salle en émois...

Puis nous avons laissé les stars aller à un banquet réservé aux "grands de ce monde" et nous sommes rentrés sur Berkeley.

Ca m'a quand même fait marrant, alors que je travaille sur du codage LDPC pour la relay channel, d'avoir en face de moi Cover et El-Gamal qui font partie des pioniers qui ont travaillé sur la relay channel et développé la technique que j'utilise, et Gallager, tout simplement l'inventeur des codes LDPC... Enfin, j'ai passé un bon après-midi et ça me fera un bon souvenir...

 

Vidéos

(pour visulaiser une vidéo, il faut d'abord la télécharger sur votre ordinateur)